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Full text of "MIFAO 51 Gaillard, Claude - Recherches sur les poissons représentés dans quelques tombeaux égyptiens de l'Ancien Empire (1923)"

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MINISTÈRE DE L’INSTRUCTION PUBLIQUE ET DES BEAUX-ARTS 



MÉMOIRES 



PUBLIES 



PAR LES MEMBRES 



DE 



L’INSTITUT FRANÇAIS D’ARCHÉOLOGIE ORIENTALE 

DU CAIRE 

SOUS LA DIRECTION DE M. GEORGE FOUCART 



TOME CINQUANTE ET UNIÈME 



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RECHERCHES 

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LES POISSORS REPRÉSENTÉS DANS QUELQUES TOMBEAUX ÉGYPTIENS 

DE L’ANCIEN EMPIRE 

PAR M. CLAUDE GAILLARD . 

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/ AVEC LA COLLABOBATÏON 

DE 

MM. VICTOR LORET ET CHARLES KUENTZ 






LE CAIRE 

IMPRIMERIE DE L’INSTITUT FRANÇAIS 

A 

D’ARCHÉOLOGIE ORIENTALE 



1923 



Tous droits de reproduction réservés 



MÉMOIRES 



PUBLIÉS 

PAR LES MEMBRES 

DE 



L’INSTITUT FRANÇAIS D’ARCHÉOLOGIE ORIENTALE 

DU CAIBE 



TOME CINQUANTE ET UNIÈME 



MINISTÈRE DE L’INSTRUCTION PUBLIQUE ET DES BEAUX-ARTS 



7283 

2 



MEMOIRES 

PUBLIÉS 

PAR LES MEMBRES 



L’INSTITUT FRANÇAIS D’ARCHÉOLOGIE ORIENTALE 

DU CAIRE 

SOUS LA DIRECTION DE M. GEORGE FOUCART 

^ . 

TOME CINQUANTE ET UNIÈME 




LE CAIRE 

IMPRIMERIE DE L’INSTITUT FRANÇAIS 
D’ARCHÉOLOGIE ORIENTALE 



1923 

Tous droits de reproduction réservés 



FAUNE ÉGYPTIENNE ANTIQUE 



RECHERCHES 

SUR LES POISSONS 

REPRÉSENTÉS 

» 

DANS QUELQUES TOMBEAUX ÉGYPTIENS 

DE L’ANCIEN EMPIRE 

PAR 

M. CLAUDE GAILLARD 

AVEC LA COLLABORATION, 

POJJR LA NOMENCLATURE ÉGYPTIENNE, COPTE ET ARABE, 



MM. VICTOR LORET ET CHARLES KUENTZ 



INTRODUCTION. 



Parmi les figurations animales qui font l’ornement des monu- 
ments pharaoniques, les nombreux poissons gravés, peints ou 
sculptés dans certains tombeaux de l’Ancien Empire, ont déjà fait 
l’objet d’études sommaires lI) . Ces recherches méritent d’être éten- 
dues et précisées, car elles peuvent fournir des renseignements de 
grande valeur, non seulement aux égyptologues , historiens et artis- 
tes, mais avant tout aux naturalistes, qui trouveront de précieuses 
indications concernant la composition de la faune des poissons du 
Nil, dans la région de Memphis, à l’époque très lointaine des pre- 
mières dynasties égyptiennes. 

Grâce aux excellentes photographies que nous devons à l’amabi- 
lité de M. Pierre Montet ^ ancien membre de l’Institut archéolo- 
gique français du Caire; grâce à l’exactitude, à la précision des ar- 
tistes égyptiens des anciennes dynasties, nous pourrons identifier 

W Voir Fr. W. von Bissing, Die Mastaba des Gem-ni-haï, I, p. 3 g à h 1 , 
pl. XXVI; L. Lortet et G. Gaillard, La Faune momifiée de /’ ancienne Egypte, 
â e série, p. ia 3 -iâi; H. Boussac, Les poissons sur les monuments pharaoniques 
(dans Le Naturaliste , 1909, p. 285, 1910, p. 1 1, etc.); P. Montet, Les poissons 
employés dans V écriture hiéroglyphique, Caire, 1913. 

!2) Je prie M. P. Montet, professeur d’égyptologie à l’Université de Stras- 
bourg, d’agréer mes meilleurs remerciements. 



VI 



la plupart des poissons figurés dans les scènes de pêche des tom- 
beaux de Ti et de Méra, à Saqqârah, de même que ceux d’un bas- 
relief provenant de la même région et dont une reproduction est 
conservée au Musée des Moulages de l’ Université de Lyon (1) . Enfin, 
nous signalerons la figuration d’un poisson représenté uniquement 
sur la plaque de schiste du roi Nâr-mer, de la I re dynastie pha- 
raonique. 

La présente étude comprendra donc : 

1 0 Quelques brèves indications concernant l’âge et l’origine des 
bas-reliefs dont nous allons examiner les figurations. 

2° La description succincte des espèces de poissons qu’il me sem- 
ble possible d’identifier d’après ces monuments. — Afin de permet- 
tre aux égyptologues comme aux naturalistes de reconnaître les dif- 
férents poissons représentés , nos descriptions seront accompagnées 
à la fois d’une figuration égyptienne et de l’une des figures excel- 
lentes que le D r G. A. Boulenger (2) a publiées dans son grand 

(1) Le moulage de ce bas-relief m’a été indiqué par M. Victor Loret, profes- 
seur d egyptologie à Lyon, ancien Directeur du Service des Antiquités de l’Egypte. 

(2) G. A. Bodlènger, Zoology of Egypt, The Fishes of the Hile, London, 190 7; 
Catalogue of the Fresh-Water Fishes of Africa in the British Muséum ( N atural 
History ), vol. I à IV, London, 1909-1916. C’est avec la plus grande amabilité 
que MM . les Administrateurs du Muséum Britannique d’ Histoire naturelle et M. le 
Ministre égyptien de f Instruction publique ont bien voulu m’autoriser à reproduire 
les figures des poissons du Nil égyptien, publiées dans les deux ouvrages pré- 
cédemment cités. Je les en remercie sincèrement. MM. the Trustées of the British 
Muséum ( Natural History ) ont eu l’extrême obligeance défaire préparer, sur les 
blocs originaux du Catalogue de cette institution scientifique, les clichés publiés 
dans le présent mémoire. Qu’ils veuillent bien agréer, ainsi que M. Boulenger, 
le savant naturaliste du Muséum de Londres, l’expression de toute ma recon- 



naissance. 



— y 11 



ouvrage sur Les Poissons des eaux douces de l’Afrique. De plus, 
chaque poisson sera désigné par son nom scientifique et par les 
diverses dénominations modernes sous lesquelles il est connu de nos 
jours dans la vallée du Nil. Pour certaines espèces, nous ajouterons 
le nom égyptien et parfois d’autres noms anciens. A ce propos, je 
suis très heureux de rappeler que si les recherches entreprises à 
Lyon, concernant la Faune momifiée, présentent quelque intérêt 
égyptologique , elles le doivent avant tout à M. Victor Loret, l’émi- 
nent égyptologue de l’Université de Lyon. C’est encore à la grande 
obligeance de ce savant que nous devons la transcription de la plu- 
part des noms hiéroglyphiques publiés ici. Je le prie d’agréer tous 
mes remerciements. Les notes que M. V. Loret a bien voulu ajouter 
à cette étude sont données entre crochets et signées des initiales de 
l’auteur. En outre, je remercie vivement M. Charles Kuentz, de 
l’Institut français du Caire, d’avoir assumé la tâche longue et fasti- 
dieuse de transcrire, pour le lecteur français, les noms arabes 
recueillis par M. Loat et publiés par M. Boulenger (1) pour des lec- 
teurs anglais. Je remercie surtout M. Kuentz d’avoir bien voulu y 
ajouter les notes personnelles qu’d a prises pendant ses voyages le 
long du Nil égyptien. 

3 ° Pour conclure, je donnerai la liste des poissons reconnus sur 
les monuments de l’Ancien Empire, afin de la comparer à la liste 
des especes qui vivent actuellement dans la même région du Nil, 
aux environs du Caire. Cette comparaison permettra, je l’espère, de 
dégager quelques indications ayant trait aux changements survenus 



vr. A. boulenger , Zoology of Egypt. 
p. 85 et suivantes. ' . : 

. • f.vi. v ■- * .. •' - i* 



The Fishes of the Hile, London, 1907, 



O 



VIII 



parmi les poissons du Nil, depuis lepoque reculée des premières 
dynasties pharaoniques jusqu’à nos jours, c’est-à-dire dans un in- 
tervalle de cinq mille années environ. 

lime sera permis, en terminant cette introduction, de remplir 
un très agréable devoir, celui de remercier vivement M. George 
Foucart, Directeur de l’Institut français d’archéologie orientale du 
Caire, qui a bien voulu accueillir cette étude et la publier, sans 
hésiter à l’enrichir de nombreux clichés, dans les Mémoires du 
savant Institut. Qu’il veuille bien trouver ici l’assurance de mon 
entière gratitude. 

Cl. Gaillard. 

Lyon , le 1 7 mars 1922. 



RECHERCHES 

SUR LES POISSONS 

REPRÉSENTÉS 

DANS QUELQUES TOMBEAUX ÉGYPTIENS 

DE L’ANCIEN EMPIRE. 



CHAPITRE PREMIER. 



Les trois bas-reliefs qui seront examinés tout d’abord proviennent du mastaba 
de Ti, a Saqqarah, aux environs immédiats du Sérapéum et de la maison de 
Mariette. Le tombeau de Ti appartient à la première moitié de la V e dynastie; 
il est réputé pour l’excellente conservation et la beauté de ses bas-reliefs. 

Le panneau le plus intéressant pour l’étude des poissons représente une 
scene de pèche au filet (fig. 1). Sous les ordres d un chef, de nombreux pêcheurs 
ramènent à terre la senne pleine de poissons. Les pêcheurs et leur chef sont 
figures dans des attitudes fort variées et des plus vivantes. Au-dessus d’eux est 
inscrite une longue série de caractères hiéroglyphiques. 

Dans le second bas-relief (fig. 2), Ti est debout sur une barque naviguant au 
milieu d’un fourré de papyrus. Devant la barque de Ti, plusieurs hommes montés 
sui un canot, harponnent des hippopotames. En arrière, un pêcheur assis dans 
une très petite barque, tire à lui un poisson pris à la ligne. Au-dessous de la 
barque de Ti on remarque différents poissons modelés avec soin. 

Le troisième bas-relief figure une scène de pêche à la nasse (fig. 3 ). Sur le 
devant de la barque un pêcheur relève la nasse; à la suite un second pêcheur 
tient une corbeille pour recevoir le produit de la pêche. Au bas du registre se 
voient plusieurs poissons très exactement sculptés 

Mémoires , t. LL 



2 



RECHERCHES SUR LES POISSONS 



Après les admirables figurations 




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du mastaba de Ti , nous étudierons deux bas- 
reliefs du tombeau de Méra. Ceux-ci, 
un peu moins anciens que les précé- 
dents, appartiennent à la première 
moitié de la VI e dynastie. Les poissons 
figurés dans la grande scène de pêche 
(fig. A) de ce mastaba ont déjà fait 
l’objet d’une courte description (l) . 
Toutefois, il est nécessaire de donner 
une nouvelle reproduction de ce bas- 
relief, car les très belles photogra- 
phies de M. Montet m’ont permis de 
rectifier ou de préciser plusieurs si- 
lhouettes de poissons qui étaient de- 
meurées incertaines sur le dessin 
publié jadis. D’autre part, la com- 
paraison des scènes de pêche repré- 
sentées dans les mastabas de Mera 
et de Ti permettra de savoir si des 
changements se sont produits, de la 
V e à la VI e dynastie , dans les procédés 
ou la technique des artistes égyp- 
tiens. En outre, le rapprochement 
des listes des poissons figurés sur 
chaque monument fera connaître les 
modifications qui ont pu survenir 
dans le choix des espèces représen- 
tées vers la fin de l’Ancien Empire. 

Le bas-relief reproduit figure h 
présente plusieurs scènes de pêche. 
A la partie supérieure du panneau, 
Méra sur une barque assiste à la 
pêche, un serviteur le fait boire. «A 

U) L. Lortet et C. Gaillard, La Faune mo- 
mifiée de F ancienne Égypte , 4 e série , Lyon , 1908, 
p. ia 3 , fig. 94 (dans Archives du Muséum de 
Lyon, t. X, 1 909). 



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Fig, 3 , _ Bas-relief du tombeau de Ti (V e dynastie) à SaqqÀrah 
(dessiné d’après une photographie de M. P. Montet, reproduite planche II). 



Il 



RECHERCHES SUR LES POISSONS 




I 



(dessiné d’après une photographie de M. P. Monlet, reproduite planche III). 



REPRÉSENTÉS DANS QUELQUES TOMREAUX ÉGYPTIENS. 5 

l’avant de la barque un autre serviteur fend les poissons pour les faire sécher » 
Un second canot est monté par quatre pêcheurs, dont l’un relève des nasses. Des 
pêcheurs à la trouble occupent les troisième et quatrième barques, sous lesquel- 
les sont figurés deux cormorans, un pélican et des fleurs de lotus. Au registre 
inférieur une équipe nombreuse de pêcheurs tire la senne pleine de poissons. 

Dans le second bas-relief, Méra navigue sur les marais du Nil, au milieu d’un 
épais fourré de papyrus. Le défunt harponne deux très gros poissons (fig. 5), au- 
dessous desquels des poissons plus petits sont représentés à l’intérieur d’une 
sorte de «colonne d’eau v qui semble s’élever jusqu a la hauteur du défunt. En 
avant, trois Egyptiens, montés sur une barque, font la chasse aux hippopotames. 
Parmi les tiges de papyrus, on voit de nombreux oiseaux; les uns nichent, les 
autres s’envolent poursuivis par des chats sauvages ou des ichneumons. 

A propos de la prétendue «colonne d’eau » qui paraît soulevée au-dessus du 
niveau du fleuve, il convient de noter qu’une autre interprétation a été donnée 
de ce procédé de représentation (2) . Selon divers égyptologues on ne doit voir 
la autre chose que la pratique d un usage, fréquent chez les anciens Ëgvptiens, 
de figurer le même objet comme s’il était à la fois vu par-dessus et de côté. Des 
exemples de cette double projection, dans le plan vertical et dans le plan hori- 
zontal, sont fournis, d’après M.V. Loret, par plusieurs signes hiéroglyphiques : le 
damier Bm est vu par-dessus, alors que les pions sont représentés de profil; la 
mare S^rh est vue dans un plan horizontal, tandis que les oies ou canards, qui 
s’ébattent à la surface, sont figurés dans un plan vertical; de même, dans le 
signe Mi représentant un bassin avec des fleurs de lotus, le bassin est, comme il 
convient, projeté sur un plan horizontal, au lieu que les fleurs de lotus sont dessi- 
nées en élévation. J’ajouterai que cet artifice a permis aux artistes de l’ancienne 
Egypte de représenter certains poissons du Nil, des Silures notamment, la tête 
vue par-dessus et le corps vu de côté. Ainsi, dans la scène de pêche au harpon du 
tombeau de Méra, les poissons du registre inférieur seraient vus de profil, tels 
quils se présentent derrière la glace d’un aquarium, les autres, ceux qui sont 
au-dessus de la surface du fleuve, seraient supposés vus par-dessus comme on les 
aperçoit lorsqu on observe du haut d’un pont les eaux d’une rivière poissonneuse. 

Apres les sculptures des mastabas de Ti et de Méra, il nous reste à examiner 
le bas-relief dont le moulage est conservé au Musée égyplologique de l’Univer- 
sité de Lyon. 

J* DE Morgan, Recherches sur les origines de l’Égyple, Paris, 1896, p. 176, fig. 5 1 8. 

L. Klebs, Die Tiejendimension in der Zeichnung des alten Reiches (dans la Zeitschr. fur agypt. 
Sprache, t. LU, 1915, p. a 3 ). . . 




REPRÉSENTÉS DANS QUELQUES TOMBEAUX ÉGYPTIENS. 7 

Ce document, d’après les indications de M. V. Loret, appartient, ainsi que 
les précédents, à la V e ou VI e dynastie; il a été moulé autrefois dans un ancien 
tombeau des environs de Memphis (1) . Le panneau représente également une 
scène de pêche au filet (fig. 6 ). Bien qu’en petit nombre, les poissons figurés 
sont intéressants par l’exactitude de leurs proportions et par la conservation du 
bas-relief. De plus, on peut penser que cette petite série £e poissons consti- 
tuait, aux yeux des artistes et des pêcheurs de l’époque mempbite, sinon les 
espèces les plus importantes, tout au moins celles qui étaient le plus commu- 
nément pêchées ou recherchées. 

Avant de décrire sommairement les poissons du Nil que nous croyons recon- 
naître sur les bas-reliefs énumérés plus haut, nous rappellerons que les figures 
accompagnant la description de chaque espèce ont toutes été dessinées avec 
beaucoup de soin, les unes d’après les photographies prises directement sur les 
anciens monuments, les autres d’après nature. 

Afin de donner les vues d’ensemble des principales scènes de pêche, nous 
avons dû réduire beaucoup l’échelle de ces documents. Dans nos reproductions, 
les poissons apparaissent parfois, notamment sur les grands panneaux des 
mastabas de Ti (fig. 1) et de Méra (fig. û), avec des dimensions très réduites 
qui peuvent faire sembler téméraires les identifications proposées. Pour dissi- 
per toute crainte à cet égard, nous donnons, outre la reproduction (pl. II, III 
et IV) des trois scènes des monuments de Méra et de Ti, la photographie d’un 
fragment du grand bas-relief dessiné figure 1. Cette photographie (pl. I) per- 
mettra tout à la fois d’apprécier la haute valeur artistique des sculptures et de 
se rendre compte de l’exactitude avec laquelle les figurations animales ont été 
modelées. Le fragment de bas-relief publié planche I est l’extrémité droite de 
la grande scène de pêche du tombeau de Ti (fig. 1). 

Malgré les altérations qu’elle a subies au cours des siècles, cette œuvre, 
pleine de vie et de mouvement, est encore d’une très grande beauté. Les pê- 
cheurs qui manœuvrent le filet, leurs attitudes, les silhouettes des poissons, les 
instruments de pêche, tout est représenté avec une remarquable précision. Les 
naturalistes peuvent superposer la plupart de ces figurations animales, d’une 
antiquité plusieurs fois millénaire, aux meilleurs dessins modernes des poissons 
du Nil. 

Ce moulage, inscrit sous le n° io 46 du Musée égyptologique de l’Université de Lyon et acheté 
il y a plus de vingt ans, porte le n° 272 au Catalogue des moulages du Musée égyptien de Berlin. Ce 
catalogue n’indique ni la provenance, ni l’anciènneté du monument. • y / • 




8 



RECHERCHES SUR LES POISSONS 




Fig. 5. — Bas-relief du tombeau de Méra (VI e dynastie) à Saqqarah 
(d’après une photographie de M. P. Montet, reproduite planche IV). 



REPRÉSENTÉS DANS QUELQUES TOMBEAUX ÉGYPTIENS. 



A propos de la célèbre fresque des « Oies de Meidoum», sur laquelle sont 
peintes trois espèces d’Ànséridés sauvages, j’ai pu constater autrefois que les 
caractères distinctifs des espèces 
figurées avaient été très fidèle- 
ment reproduits. Grâce à la par- 
faite observation des proportions 
relatives du corps, de la tête, du 
bec et des pattes, l’artiste égyp- 
tien a su exactement distinguer 
la Bernache des autres oies. En- 
tre celles-ci et celle-là on peut 
noter, sur la fresque de Meidoum 
comme sur la reproduction en 
couleurs que j’ai relevée au Mu- 
sée du Caire ()) , toutes les diffé- 
rences qui séparent zoologique- 
ment le genre Amer du genre 
Branta. Il en est de même pour 
les poissons des bas-reliefs de 
l’Ancien Empire. La forme et les 
proportions de la tête, ainsi que 
des diverses parties du corps, le 
nombre, la position et les di- 
mensions relatives des nageoires, 
tout a été très bien observé et 
fidèlement représenté. 

Sans vouloir analyser, même 
brièvement, l’esthétique des an- 
ciens Egyptiens, qui du reste a 
varié avec les époques et les ré- 
gions , il convient d’observer néan- 
moins que chez ceux-ci, comme 
chez les artistes des temps pré- 
historiques, le sentiment artisti- 
que avait sa source avant tout 

h Lortet et G. Gaulard, La Faune momifiée de l’ancienne Égypte , 3 e série, Lyon, 1 907, p. 96 , 
%■ (dans Archives du Muséum de Lyon, t. X, Lyon', 1-909). . . v . . \ v sy v 

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10 RECHERCHES SUR LES POISSONS 

dans la contemplation des êtres et des choses qui les entouraient. Les œuvres 
d’art de l’époque paléolithique (I) , comme celles des premières dynasties égyp- 
tiennes, doivent toute leur valeur à la faculté d’observation cultivée, développée 
par un exercice de tous les instants. 

Les artistes de l’Ancien Empire se sont appliqués à reproduire surtout les 
scènes ordinaires de la'vie dans la vallée du Nil. A ce titre, les admirables bas- 
reliefs qu’ils ont sculptés sur leurs monuments sont pour nous des œuvres d’une 
ardente inspiration populaire et des documents historiques de très grande 
valeur. 

Outre la figuration fidèle de la plupart des poissons du Nil et des nombreux 
animaux, domestiques ou sauvages f2) , qui habitaient jadis les bords du fleuve, 
ces monuments nous ont conservé de précieux renseignements techniques con- 
cernant les principales occupations des Egyptiens, la chasse et la pêche entre 
autres, à cette époque reculée. 

Les seuls mastabas de Ti et de Méra représentent en effet la pêche à la senne, 
à la nasse, au harpon, à la ligne, telle quelle était pratiquée sur le Nil pendant 
les premières dynasties. Ces panneaux, sculptés avec un sens décoratif très 
élevé, nous montrent les artistes de Memphis également soucieux de la vue d’en- 
semble et du détail. Pour les différents personnages, de même que pour les 
divers animaux figurés, l’attitude la plus belle, la plus expressive, a toujours 
été adoptée. Le profil élégant d’une antilope ou d’une gazelle se combine, en 
général, avec la vue de face très décorative de l’encornure. 

Les bas-reliefs de l’Ancien Empire pharaonique n’ont pas seulement une 
haute valeur artistique, ils offrent aussi un grand intérêt pour les techniciens. 
Dans la plupart des scènes de pêche, en particulier dans la pêche au filet du 
mastaba de Ti (fig. 1), les mains et les différentes attitudes des pêcheurs qui 
manœuvrent la senne sont figurées avec la plus grande précision, et nous voyons 
de quelle manière les uns et les autres devaient saisir le câble pour coordonner 
leurs efforts. 

Dans le fragment de bas-relief reproduit planche I, les silhouettes des deux 

U) E. Piette, L’art pendant l’âge du Renne, Paris, 1907; Cartailhac et Breuil, Peintures et gra- 
vures murales des cavernes paléolithiques la caverne d’Altamira, Monaco, 1906; L. Capitan, H. Breuil et 
D. Peyrony, La caverne de Font-de-Gaume , Monaco, 1910; S. Reinach, Répertoire de l’art quaternaire, 
Paris, 1 9 1 B ; M. Boule, Les hommes fossiles, p. 253 à 25 g, fig. 169 8172, Paris, 1921; G. B. Fla- 
mand, Les pierres écrites (Iladjrat-mektoulat) , Gravures et inscriptions rupestres du Nord africain, Paris, 

1 9 21 - 

(2) C. Gaillard, Les tâtonnements des Egyptiens de l’Ancien Empire à la recherche des animaux à 
domestiquer (dans Revue d’ Ethnographie et de Sociologie, n” 11-12, Paris, 1912). 



REPRÉSENTÉS DANS QUELQUES TOMBEAUX ÉGYPTIENS. 11 

pêcheurs de l’extrémité du panneau ont été dessinées avec un goût, un sentiment 
admirables : le premier, celui de droite qui soulève le filet, est d’une superbe 
élégance, d’une grande pureté de ligne. En ce qui concerne le second, quelque 
peu détérioré au-dessous de la hanche gauche, l'inspiration de l’artiste a su, 
par l’heureux emploi de la vue de profil alternée avec la vue de face, lui com- 
muniquer une ardeur, une fougue tout à fait impressionnantes. 

Sous l’Ancien Empire, les artistes ne se bornaient pas toujours à une repré- 
sentation moyenne ou spécifique des êtres observés, ils étaient parfois soucieux 
de réaliser des figures très fidèles, de véritables portraits des hommes et des 
animaux tels qu’ils les voyaient, non point avec leurs caractères de races ou 
d’espèces, mais encore avec toutes leurs particularités sexuelles et individuelles. 

En résumé, les bas-reliefs de l’Ancien Empire, particulièrement ceux de la 
région de Memphis, ne sont pas seulement des œuvres d’art remarquables, ce 
sont encore de véritables pages d’histoire où peuvent puiser, après cinq mille 
ans, tous ceux qui s’intéressent soit aux premières dynasties pharaoniques, soit 
aux origines de la civilisation. 

Les poissons reconnus sur les bas-reliefs que nous venons de voir sont 
examinés plus loin dans l’ordre systématique, les figurations égyptiennes étant 
désignées par les numéros qui les accompagnent sur chacun des panneaux. 
Pour nos descriptions nous utiliserons principalement, d’une part les renseigne- 
ments biologiques dus à Geoffroy Saint-Hilaire^, d’autre part les observations 
et travaux systématiques de Cuvier et Valenciennes^ et surtout du D r G. A. 
Boulenger^. Quelques poissons du Nil égyptien furent signalés d’abord par 
Hasselquist (4) , Forskal (5) et SonninD 6) , mais Geoffroy Saint-Hilaire décrivit et 
figura, le premier, la plupart des espèces qui vivent dans la région inférieure 
du Nil, au nord d’Assouan. 

Avant de donner la description sommaire des divers poissons identifiés d'après 
les bas-reliefs égyptiens, nous rappellerons en quelques mots de quelle manière 

t 

^ Geoffroy Saint -Hilaire, Histoire naturelle des Poissons du Nil , dans Description de V Egypte, 
Paris, t. XXIV, 1829, p. 1/11-2 44 , et Is. Geoffroy Saint-Hilaire, La suite de VHistoire naturelle des 
Poissons du Nil , dans Description de VEgypte, Paris, t. XXIV, 1829, p. 245 - 338 . 

^ Cuvier et Valenciennes, Histoire naturelle des Poissons, t. I à XXII, Paris, 1828 à 1849. 

(3) G. A. Boulenger , Zoology of Egijpt, The Fishes of the Nile , London ,1907; Catalogue of the Fresh- 
Water Fishes of Africa in the British Muséum ( Natural History ), vol. I à IV^London, 1 909-1916. 

t4) Hasselquist, Reise nach Palastina, Rostock, 1762. 

^ Forskal, Descriptiones animalium, 1776. 

Sonnini , Voyage dans la Haute et Basse Egijpte , 1799. 



12 



RECHERCHES SUR LES POISSONS. 



sont relevées, sur les poissons vivants, les dimensions de longueur et hauteur 
destinées à indiquer le degré d’allongement du corps dans chaque espèce. La 
hauteur est prise au point le plus élevé, à l’exclusion des nageoires dorsale et 
anale; de même la longueur totale du corps est mesurée du bout du museau à 
la base de la nageoire caudale. Par contre, lorsqu’il s’agit de l’indication de la 
taille, la longueur totale du corps est relevée jusqu’à l’extrémité de la nageoire 
caudale. 

Ces procédés de mensurations, s’ils permettent de distinguer les uns des 
autres les poissons vivants, ne sauraient servir à l’identification des figurations 
égyptiennes. Les égyptologues pourront toutefois utiliser ces renseignements 
zoologiques, pour savoir dans quelle mesure les artistes anciens se sont écartés 
ou rapprochés de la réalité. 



CHAPITRE II. 



MORMYRIDÉS. 



PETROCEPHALUS BANE, Làcépède. 

Mormyrus bane, Làcépède, Histoire des Poissons, Paris, t. V, i 8 o 3 , p. 620. 

Mormyrus cyprinoides, Is. Geoffroy Saint-Hilaire, Histoire naturelle des Pois- 
sons du Nil, dans Description de l’Egypte, Paris, t. XXIV, 1829, p. 271, 
pl. VIH, fig. 3 et 4 . 

Petrocephalus bane, G. A. Boulenger , Zoology of Egypt, The Fishes of the Nile, 
London, 1907, p. 32 , pl. VI, fig. 1; Catalogue of the Fresh-Water Fishes 
of Africa in the British Muséum ( Nalural History ), London, vol. I, 190g, 
p. 48 , fig. 34 , 

Noms vulgaires : Bané, Mormvre bané, Pétrocéphale bané. 

La famille des Mormyres est des mieux représentée dans le Nil. Parmi les 
espèces à museau court et tronqué, à nageoire dorsale relativement courte, 
Petrocephalus bane est l’une des plus petites, elle atteint pourtant une longueur 
totale de 20 centimètres environ. 

Chez cette espèee le corps est très comprimé, sa hauteur est contenue, d’après 
Boulenger, deux fois 1/2 à trois fois i /3 dans la longueur. La tête arrondie, 
à bord supérieur convexe, est à peu près aussi longue que haute; sa longueur 
est comprise trois fois 3/4 à quatre fois 1/2 dans la longueur du corps. Le mu- 
seau très court et tronqué dépasse la bouche; celle-ci est armée de petites dents 
bicuspides, au nombre de i 4 à 22 à la mâchoire supérieure, de 22 à 3 o à 
l’inférieure. La lèvre inférieure est saillante. L’œil est grand, son diamètre 
égale environ la longueur du museau. 

La nageoire dorsale se compose de 29 à 33 rayons; l’anale, qui compte de 
3 1 à 3 7 rayons, est située à égale distance de la base de la ventrale et de la 
base de la caudale. Pectorale pointue, deux fois longue comme la ventrale. 



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RECHERCHES SUR LES POISSONS 

Caudale profondément échancrée, à lobes pointus. Le pédicule caudal est deux 
fois 1/2 à trois fois aussi long que haut. 3 9 à 5o écailles le long de la ligne 
latérale; 77x7! (1) sur les lignes transvérses au niveau de la nageoire dorsale; 
entre la dorsale et l’anale, 1 o à 1 2 autour du pédicule caudal (fig. 7)* 
Coloration argentée, grisâtre sur le dos; extrémité antérieure du dos bru- 
nâtre ou noirâtre. Cette espèce atteint une longueur de 195 millimètres. 




Fig. TJ, — Petrocephalus bane, 1/3 grandeur naturelle environ (d’après G. A. Boulenger) <*>. 



Habitat. — Petrocephalus bane se rencontre dans tout le bassin du Nil, le Nil 
Bleu et le Nil Blanc, dans le bassin du Tchad et le Niger. 




Fig. 8 . — Petrocephalus bane (d’après le tombeau de Ti, fig. i, n° 3 A). 



Figurations égyptiennes. — Parmi les bas-reliefs reproduits dans les pages 
précédentes, nous croyons reconnaître Petrocephalus bane sous le n° 2 h (fig. 8) 
du mastaba de Ti, et, d’une manière moins certaine, sous le n° A 3 du même 
monument, ainsi que sous le n° 89 du mastaba de Méra. 

(U On indique ainsi te nombre des écailles dont les rangées se comptent, les unes au-dessus de 
la ligne latérale, les autres au-dessous; ici s 'fi nifie <I u ’iï existe 11 à l5 écailles dans les 

rangées situées au-dessus de la ligne latérale et 12 à i 5 dans celles qui se trouvent au-dessous. 

( 2 ) Catalogue of lhe Fresh-Water Fishes of Africa in the British Muséum ( Nalural History), London, 
vol. I, j 909, p. 48 , fig. 34 . 



REPRÉSENTÉS DANS QUELQUES TOMREAUX ÉGYPTIENS. 15 

De son côté, G. A. Boulenger (1) a reconnu ce poisson sur une photographie 
inédite du tombeau de Ti, de la collection de Flinders Petrie. 

Geoffroy Saint-Hilaire (2) a rapporté plusieurs observations intéressantes 
concernant les mœurs des Mormyres en général, et plus particulièrement de 
ceux qui appartiennent au genre Mormyrus proprement dit. «C’est au fond 
du fleuve, dans les endroits où se trouvent amassées un grand nombre de 
pierres, que presque tous les Mormyres se tiennent habituellement; circon- 
stance qui*rend leur pêche très difficile. Ils sont d’ailleurs nocturnes et très 
craintifs, et ce n’est qu’avec la plus grande peine que l’industrie humaine 
parvient à les attirer par des appâts et à s’en emparer. Aussi est-il certain 
que si leur chair, qui est ferme et un peu musquée mais d’un excellent goût, 
ne passait dans toute l’Égypte pour une nourriture très agréable, et que sans 
le prix assez élevé auquel ils se vendent, personne ne voudrait se livrer à une 
pêche qui donne toujours de faibles résultats et qui exige à la fois beaucoup 
de précautions, beaucoup d adresse et de patience. En effet, elle ne permet 
pas l’usage si commode et ordinairement si avantageux du filet ou de l’éper- 
vier, mais elle doit être faite au moyen d une ligne armee de plusieurs hame- 
çons qu’on a le soin de placer à quelque distance les uns des autres, et quon 
amorce avec des vers : la corde de la ligne, ordinairement très longue, se 
termine par un morceau de plomb qui doit être place au-dessous, mais a peu 
de distance des hameçons. On conçoit que, par l’effet de cette disposition fort 
simple, mais assez ingénieuse, les appâts vont plonger au milieu des pierres 
qui servent de retraite aux Mormyres et ne peuvent manquer d’être aper- 
çus. -n 

De ces observations relatives à la pêche actuelle des Mormyres, il résulte 
que, sous l’Ancien Empire pharaonique, ces poissons étaient ou moins craintifs 
que de nos jours, ou peut-être beaucoup plus abondants, car toutes les especes 
étudiées ici figurent dans des scènes de pêche au filet. 

A notre époque , seuls les Mormyres du genre Petrocephalus sont capturés au 
filet. Au sujet de Petrocephalus bane, Geoffroy Saint-Hilaire (3) rapporte les ren- 
seignements suivants : «Bien loin de se tenir cache au milieu des pieires, il 
vient très fréquemment nager à la surface de leau, aussi est-il assez commun 

U) G. A. Boulenger, Zoology ofEgypt, The Fishes of the Nile, London, 1907, p. 28. 

(2) j Si Geoffroy Saint-Hilaire, Histoire naturelle des Poissons du Nil, dans Description de l’Egypte, 

Paris, t. XXIV, 1829, p. 25 i. , 

O) Geoffroy Saint-Hilaire, Histoire naturelle des Poissons du Nil, dans Description de l’Egypte, 

Paris, t. XXIV, 1829, p. 273.